L’arrivée d’un nouveau jeu
Days
of Wonder est toujours un événement. On se demande
ce qu'ils ont encore bien pu concocter pour nous émerveiller,
quelles limites ils ont encore réussi à dépasser ?
Et comme d'habitude, on en tomberait presque par terre :
Cléopâtre et la société des architectes
est esthétiquement leur jeu le plus abouti, et il se trouve
que ludiquement parlant il l'est peut-être bien aussi (il
arrive du moins à faire au moins jeu égal avec certaines
productions récentes de l'éditeur, comme
Les
Chevaliers de la Table Ronde).
Rares sont les jeux à procurer de telles sensations. La
montée en puissance des fins de parties est notamment remarquable.
Jusqu’à la dernière seconde, ce sont la course
à l’argent et à l’optimisation de ses
fichus points de corruption qui priment. Comme dans
Himalaya,
le ou les joueurs les plus corrompus seront éliminés.
Les mécanismes de
Cléopâtre ne sont
pas forcément des plus originaux : on sent clairement
plusieurs influences, voulues ou non, telles que
San
Marco dans le partage des cartes,
Les
Colons de Catane pour la gestion des ressources, ou encore
Amun
Re lors des offrandes aux Dieux. Mais qu’ils soient
juste simplifiés ou optimisés, ils s’intègrent
parfaitement au thème et n’alourdissent en rien le
déroulement des parties.
Certains joueurs reprocheront à
Cléopâtre
une très faible interaction directe : il y a en effet
très peu d’échanges verbaux , et à
part quelques cartes qui permettent de troquer des marchandises,
on gère plutôt ses petites affaires tranquillement
en ayant toujours en tête de prendre de vitesse ses concurrents.
Ici, tout se fait au contraire indirectement et insidieusement.
Rappelons que le degré d’interaction d'un jeu n’est
pas forcément proportionnel à sa qualité
finale.
Cléopâtre est là pour
nous le prouver magistralement.
Qu’un jeu grand public comme
Cléopâtre
offre une telle variété de tactiques et de plaisirs,
tout en sachant rester simple, est tout bonnement exceptionnel.
Merci aux deux auteurs de nous avoir rappelé qu’un
jeu peut utiliser moult mécanismes et être toutefois
accessible au plus grand nombre. Que l’on ne jure que par
le fun d’un jeu ou au contraire uniquement par son degré
de réflexion, personne ne peut décemment rester
indifférent à
Cléopâtre et la société
des architectes.