Michael
Schacht est décidément un auteur ayant plein
de cordes à son arc : il est à la fois capable
de créer des jeux tactiques comme
Kardinal
& König, des jeux plus lourds tels que
Magna
Grecia, de petits jeux de cartes légers et rapides
à la
Coloretto,
mais il nous prouve avec
Hispaniola qu'il est aussi capable
de renouveler le genre des jeux de plis.
Ressemblant de prime abord à des jeux classiques comme
la
Belote (cartes jouées séquentiellement,
couleur d'atout, etc.), on s'aperçoit vite qu'en parallèle
d'une mécanique éprouvée se trouvent quelques
aménagements subtils : le fait de pouvoir remporter
un pli par le simple fait de jouer une carte de valeur plus élevée
que toutes les autres (à condition qu'aucun atout n'ait
été joué, et que l'on ne dispose pas de la
couleur demandée en début de pli) donne une nouvelle
dimension tactique.
De plus, et c'est là la grande nouveauté, les plis
remportés ne servent pas à marquer directement des
points, mais à placer des pions sur le plateau de jeu :
ce sont ces pions qui rapportent bonus ou malus en fin de manche,
en fonction des endroits où ils sont positionnés.
Enfin, dernière originalité, les plis que l'on a
gagnés peuvent être donnés à ses voisins
directs : ce sont en effet les deux joueurs disposant du
plus grand nombre de plis devant eux en fin de manche qui marquent
des points de pénalités.
Hispaniola est typiquement le genre de jeu simple, subtil
et plutôt riche, qui devrait plaire aux amateurs de
Gang
of Four ou
Wizard.
Passons maintenant aux petits défauts :
. il est dommage que deux illustrateurs
aient travaillé sur le jeu : l'un est clairement bien
moins stylé que l'autre (même si l'on n'y fait plus
vraiment attention passés deux tours de jeux) ;
. la boîte est vraiment grande pour
le matériel proposé (même si le prix est dans
la moyenne des jeux de cartes tels que
Camelot).
D'autant plus que le plateau, même s'il est beau, ne sert
pas à grand chose : des cartes auraient largement
fait l'affaire ;
. le plateau est d'ailleurs tellement grand,
qu'on ne sait plus trop où jouer ses cartes : comme
dans tout jeu de plis, on devrait pouvoir les entasser les unes
sur les autres au centre de la table, mais le plateau est ici
un peu encombrant. Vous trouverez donc ci-dessous un plateau de
rechange plus fonctionnel ;
. les couleurs choisies pour les cartes
ne sont pas des plus heureuses (du vert eut été
appréciable en remplacement du gris ou du marron, par exemple),
et il est étonnant que les 6 et 9 soient si peu différentiables,
si ce n'est par le sens des cartes auquel ont doit scrupuleusement
faire attention.
Mais que ces petits défauts d'édition ne vous empêchent
pas d'acheter
Hispaniola. Nous sommes en présence
d'un jeu de plis extrêmement réussi et formidablement
ludique.
Une très belle réussite de plus à mettre
à l'actif du prolifique éditeur
Ubik.