François
Haffner, sur son site, compare matériellement Skybridge
à un jeu introuvable aujourd'hui, Kontact.
Je ne le contredirai pas, ne connaissant pas du tout Kontact.
Par contre, il m'a tout de suite fait penser à Hong
Kong, jeu de construction pour deux joueurs de Reiner
Knizia. Ce dernier, épuisé aussi depuis pas
mal de temps, est certes beaucoup moins beau (allez, osons :
il est même carrément moche), mais pousse la réflexion
bien plus loin avec des mécanismes pourtant encore plus
simples.
Comme souvent dans ce genre de jeu de réflexion, l'intérêt
de Skybridge réside dans les parties à
deux joueurs uniquement. Au delà, le piment s'estompe
avec la réflexion. En effet, passés les quelques
premiers tours de jeu, les gratte-ciel commencent à pousser,
et l'on n'a alors que très peu de possibilités
de jeu : il faut en effet toujours jouer ses pièces
aux endroits les plus bas physiquement et sur des pièces
qui ne sont pas de sa couleur, ce qui ne laisse souvent au final
que très peu de solutions. Les joueurs jouent alors toujours
leurs pièces afin de pénaliser leurs adversaires,
et les tours de jeux s'enchaînent alors très vite
sans réel but stratégique.
Entendons-nous bien, Skybridge n'est pas un mauvais jeu.
Il est d'ailleurs tout à fait à sa place dans
la gamme de jeux en bois de l'éditeur : matériel
en bois conséquent et agréable à manipuler,
règles simples et (presque) limpides, parties très
rapides, réflexion présente mais pas encombrante.
Skybridge reste plus intéressant à deux
joueurs qu'à plus, mais il lui manque tout de même
le principal dans un jeu : il ne procure guère de
plaisir de jouer. On réfléchit (souvent intensément),
mais pour ne réellement avoir une vision du jeu que sur
les derniers coups. Et là, on se dit : tout ça
pour ça ? On gère au mieux pendant toute
la partie, on défend à fond (ce qui ne rend pas
le jeu très passionnant), et on se défonce sur
les 5 dernières minutes. Bref, c'est long et pas super
folichon.
Il est sans doute possible de dégager des stratégies
sur le long terme et apprendre diverses ouvertures ou façons
de profiter des erreurs adverses, mais il faudra pour cela avoir
de nombreuses parties derrière soi pour savourer le jeu
pleinement. Les premières parties seront pour cela déterminantes,
et vous aurez alors peut-être plus de courage que moi
pour approfondir et dompter Skybridge.
Je finis donc comme j'avais commencé : si vous cherchez
un très bon jeu de construction, ruez-vous les yeux fermés
sur une boîte d'occasion de Hong
Kong.